equipeLe centre d’accueil est prêt à recevoir les migrants dans des locaux neufs d’un quartier résidentiel de la capitale tunisienne. Rached Cherif/LCDA

 

C’est dans une atmosphère bon enfant que la Maison du Droit et des Migrations (MDM) célèbre la Journée internationale de la migration en ce 18 décembre. Au programme de la journée : une présentation des activités de cette structure originale, suivie de projections de films, de photos, le tout dans une ambiance musicale agrémentée d’un déjeuner « africain ».

 

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L’équipe de la Maison du Droit et des Migrations regroupe des profils complémentaires aux origines aussi variées que celles des personnes qu’ils assistent. Rached Cherif/LCDA

 

La difficile vie quotidienne des migrants en Tunisie

La situation des migrants en Tunisie n’est pas facile comme en témoigne Roland Mbayamel président de l’Association des étudiants et stagiaires tchadiens, invité à s’exprimer à l’occasion de la journée portes ouvertes de la MDM. Les cas d’abus de pouvoir de policiers pourraient faire sourire s’ils ne reflétaient pas une affligeante réalité : la discrimination envers les personnes de couleur est banalisée en Tunisie.

Elle est non seulement le fait de policiers n’hésitant pas à intimider ou à racketter des personnes d’origine subsaharienne qu’ils estiment vulnérables, mais aussi d’une administration insuffisamment formée à gérer les problématiques qui leur sont spécifiques, surtout lorsqu’il s’agit de personnes en situation irrégulière souhaitant accéder à des services sociaux ou médicaux. Une administration qui met parfois plusieurs mois à délivrer des titres de séjours aux demandeurs, les mettant de fait en situation délicate avec la police des frontières. Ils sont souvent contraints de payer de lourdes pénalités en raison d’un retard dont ils ne sont pas responsables.

Premier centre d’accueil pour migrants en Tunisie

C’est pour tenter d’apporter des solutions à ces problèmes aussi variés que les situations des migrants eux-mêmes que s’est créée en décembre 2012 à Tunis la MDM. Projet collaboratif de l'Association des stagiaires et étudiants africains en Tunisie (AESAT), du Centre tunisien pour les réfugiés et les migrants (CTRM) et Terre d’asile Tunisie – implantation locale de l’ONG France Terre d’Asile – a été mis en place en concertation avec les autorités tunisiennes et des bailleurs européens. Cette initiative a permis la création d’un centre d’information et de documentation à destination des étrangers. Le dispositif a été complété dans un premier temps d’un espace de formation pour les acteurs associatifs tunisiens travaillant sur la thématique de la migration.

À partir de janvier 2015, sera lancée officiellement la plateforme d’accueil de jour des migrants, « qu’ils soient en situation régulière ou irrégulière », insiste Anaïs Elbassil, directrice du centre. En effet, depuis la crise libyenne de 2011, les migrants fuyant les violences ont afflué par dizaine de milliers en Tunisie. Près de quatre ans plus tard, certains y sont encore, résidant irrégulièrement pour beaucoup et donc encore plus vulnérables.

Écoute, information, documentation, orientation

Les migrants trouveront à la MDM un centre d’assistance pour être à l’écoute de leurs doléances et capable de leur apporter une information fiable. Une cinquantaine de personnes y ont déjà eu recours. Dans la plupart des cas, les demandes concernaient des problèmes liés à des titres de séjours et des besoins d’assistance juridique.

La plateforme compte d’ailleurs deux juristes et peut orienter les personnes vers un réseau d’avocats partenaires. Avant d’aller devant les tribunaux, la Maison des Migrations recherche parfois des solutions à l’amiable en tentant des médiations, le plus souvent avec « des employeurs ou des bailleurs peu scrupuleux », explique Dalel Laroussi, l’une des juristes du centre.

Innover pour apporter des solutions légales

Rappelant qu’il s’agit d’une expérience inédite et que l’immigration en Tunisie est un phénomène récent mal connu des autorités elles-mêmes, Mme Elbassil explique que l’objectif premier est « d’identifier les besoins et de créer des pratiques » d’assistance qui peuvent être reproduites. Ainsi, la MDM a fait appel à une pédopsychiatre pour suivre un jeune Syrien souffrant de troubles post-traumatiques. Dans les cas nécessitant des soins d’urgence, la structure dispose de budgets pour assurer la prise en charge médicale.

Lorsque les solutions n’existent pas, il s’agit de « les inventer » en impliquant les associations tunisiennes, mais « toujours dans la légalité », insiste la jeune responsable. Hors de question par exemple de leur conseiller d’exercer « une activité non déclarée ou de les mettre en relation avec des réseaux de passeurs pour une éventuelle tentative de traversée irrégulière de la Méditerranée ».

 

Rached Cherif

le courrier de l'Atlas, le vendredi 19 décembre 2014

 

 

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