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Cela faisait une semaine qu’ils campaient devant la délégation de l’Union européenne dans le quartier huppé des Berges du Lac à Tunis. Les 20 migrants, échoués en Tunisie depuis plus de trois ans, dont une grande partie dans un camp perdu dans le désert près de la frontière libyenne, ont été interpellés par la police dimanche soir et emmenés vers un centre de rétention réservé aux personnes expulsables.

 

Illustratuion le courrier de latlas  12022014

Après une semaine de harcèlement policier quotidien, des migrants (ici devant les
locaux du HCR) réclamant une solution durable ont été arrêtés et placés en centre
de détention pour une durée indéterminée. Rached Cherif/LCDA

 

Trois ans d’errance dans un camp de fortune

Pour ces réfugiés de la guerre contre Kadhafi, comme pour des centaines d’autres, la fermeture officielle du camp de Choucha n’a rien changé. Pire, désormais ils ne reçoivent plus aucune aide, le camp n’existant officiellement plus. Ces hommes, femmes et enfants n’ont pas cessé d’exister pour autant. Situés dans un vide juridique puisque la Tunisie n’a pas de cadre légal pour les réfugiés, ils réclament depuis leur arrivée leur réinstallation dans un pays sûr.

Or, ces réfugiés ayant fui leur pays, puis la Libye bombardée, n’ont pas été reconnus comme tels par le Haut commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR). Faute de ce sésame que constitue ce statut de réfugié, ils sont condamnés à errer en Tunisie sans documents et donc vulnérables à l’arbitraire policier, huit mois après la promesse du gouvernement Laarayedh d’octroyer des titres de séjour.

Des actions désespérées

C’est donc pour obtenir une solution qu’une vingtaine de migrants, dont deux femmes et deux enfants, se sont installés devant les bureaux de Mme Laura Baeza, Chef de la délégation européenne à Tunis. Mais, seul le responsable des affaires humanitaires a daigné les rencontrer, explique le porte-parole du petit groupe originaire de plusieurs pays, dont l’Érythrée, le Soudan ou encore le Tchad.

« Nous ne partirons d’ici qu’avec une solution durable, une réinstallation dans un pays doté d’un droit d’asile. Nous resterons le temps qu’il faudra malgré la pression quotidienne de la police pour nous faire partir », ajoute en anglais celui qui se prénomme Bright. Au même moment, preuve du climat xénophobe que subissent ces personnes, un automobiliste passant par là leur lance un violent « rentrez chez vous ! » par sa fenêtre ouverte, alors qu’un policier en faction devant la délégation nous fait comprendre que le bâtiment ne peut pas être photographié.

Pour rappel, d’autres migrants originaires de pays d’Afrique de l’Est, réfugiés statutaires ceux-là, campent depuis plusieurs mois devant les locaux du HCR à quelques rues de là pour obtenir aussi leur réinstallation dans un pays sûr.

Internement à durée indéterminé

La police en a donc décidé autrement en démantelant ce camp de fortune. Suite à leur arrestation, les réfugiés ont été emmenés au centre de rétention de Ouardiya, qui est réservé aux étrangers en situation irrégulière. Le gouvernement enferme donc ceux qui devaient bénéficier des titres de séjours promis en juillet dernier.

« La Tunisie devra t'elle s'abaisser au rang des pays européens qui maltraitent, enferme et expulsent les Tunisiens et autres étrangers sur son sol ? » s’indigne dans un communiqué le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES). La situation est d’autant plus critique pour ces migrants que, faute de documents de voyage prouvant leur nationalité, ils ne peuvent pas être expulsés et pourraient rester indéfiniment dans ce lieu de détention extrajudiciaire.

L’association, en pointe dans la défense des droits des migrants, qu’ils soient étrangers en Tunisie ou Tunisiens à l’étranger, interpelle donc le gouvernement et réclame « la libération immédiate des 20 réfugiés arrêtés hier soir, l'octroi, dans les plus brefs délais, de cartes de séjour à tous les réfugiés de Choucha comme prévu par le gouvernement en juillet 2013 et l'application de l'article 26 de la Constitution pour tous les réfugiés de Choucha et de toute la Tunisie. »

Rached Cherif

 

Le courrier de l'atlas, le 10 février 2014

 

Lire aussi le communiqué du FTDES: La prison ou l'expulsion pour les réfugiés de Choucha?

 Lire aussi le communiqué de l'Association Article 13

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