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Illustration Lapresse 24032014
Sans cesse déplacés, les réfugiés syriens peinent à trouver un accueil leur permettant
une intégration en Tunisie comme ailleurs dans le monde


Le 15 mars 2014 marque le troisième anniversaire du début du conflit en Syrie. 2,5 millions de Syriens, dont la moitié des enfants, ont quitté leur  pays pour fuir la guerre. En Tunisie, l’Unhcr (Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) compte 250 réfugiés enregistrés (Tunis, Sfax, Cap Bon). Ils arrivent sur le sol tunisien par l’Algérie qui ne demande pas de visa. D’autres séjournent d’abord en Egypte ou en Turquie avant de rejoindre la Tunisie et plus récemment, des Syriens viennent des pays du Golfe après une fin de contrat de travail. Mais depuis la rupture des relations diplomatiques avec la Syrie, de plus en plus de Syriens entrent sur le territoire tunisien sans visa. 

“Quand je suis arrivé à la frontière tunisienne, la garde nationale a confisqué sans explication l’argent que j’avais apporté pour subvenir à mes besoins”,

témoigne un réfugié syrien,

lors d’un débat sur la protection des réfugiés syriens organisé mercredi dernier, par la Maison du droit et des migrations. Après être passé par la Jordanie et l’Algérie, il a choisi de venir en Tunisie, “plus stable et moins chère” selon lui.  Il pensait reconstruire sa vie dans un pays accueillant mais la réalité est tout autre.

 

Problèmes de scolarisation et de santé

Les problèmes rencontrés touchent aussi bien les adultes que les enfants. Selon Moez Cherif, de l’Association tunisienne de défense des droits de l’enfant:

la scolarisation des enfants ne va pas de soi. Même si le ministère de l’Education a fait passer une circulaire autorisant les écoles à admettre les enfants syriens, obtenir une parfaite intégration est presque impossible, principalement à cause des problèmes de langue. Des enseignants et des directeurs d’école ont même refusé d’accepter ces enfants pour cette raison. Ils proposent de créer des classes intégrées dans les quartiers où il y a une forte concentration d’enfants syriens. “On est en train de trouver des solutions, mais c’est extrêmement difficile”,

raconte Moez Cherif.


Par ailleurs,  les enfants n’ont pas accès aux soins, et les femmes n’ont pas accès à la santé reproductive. “Il y a beaucoup de grossesses non désirées et l’accès à l’avortement n’est pas simple, ce qui  pousse les femmes à avoir recours à l’avortement clandestin”, explique Moez Cherif. Les réfugiés vivent la plupart du temps dans l’insécurité, la souffrance morale et la précarité. Certains vont jusqu’à mendier dans les rues. Ils font très peu confiance aux institutions. Etant donné leur situation non régulière, il ne peuvent pas se marier et finissent par avoir recours à l’union illégale.

La situation des réfugiés syriens serait meilleure si la Tunisie disposait d’un cadre juridique spécifique.

“Un projet de loi sur le droit d’asile, élaboré par le ministère de la Justice, existe, mais il n’a pas encore été présenté à l’ANC. Il y a également un projet de décret portant sur la création d’une Instance nationale pour la protection des réfugiés”,

affirme Monia Ben Amor  de la direction générale de la Coopération internationale en matière de migration au sein du ministère des Affaires sociales. Plusieurs ministères interviennent sur la question des migrations. Mais sans base de données commune, les prises de décisions sont ralenties.  Par ailleurs, la convention de Genève signée par la Tunisie ne serait pas systématiquement appliquée aux frontières.

 

Phénomène global

50% de la population syrienne est aujourd’hui déplacée. La plus forte concentration de réfugiés se trouve au Moyen-Orient .

“La question des réfugiés syriens est un phénomène global, puisqu’au-delà du Moyen-Orient, l’Europe aussi est touchée, ainsi que les Etats-Unis, le Canada et l’Amérique du Sud”,

explique Nabil Benbekhti, administrateur de protection à l’Unhcr. Entre mars 2011 et février 2014, l’Union européenne, la Suisse et la Norvège ont reçu environ 80.000 demandes d’asile de Syriens. Ce qui représente 3% des réfugiés enregistrés.

“Ça illustre la difficulté de l’Europe à apporter une solution pour l’accès au territoire européen”,

estime Matthieu Tardis, responsable à l’ONG France terre d’asile. “Il y a peu ou pas de pays de l’Union européenne qui ont adopté une politique spécifique de visa pour les réfugiés syriens leur permettant d’entrer légalement sur le territoire européen”.
Récemment, l’Unhcr a appelé la communauté internationale à accueillir 100.000 réfugiés syriens en 2015 et 2016. Plusieurs pays ont d’ores et déjà répondu à l’appel. Pour Matthieu Tardis,

«les Etats ont pris conscience de la nécessité de dépasser l’aide humanitaire apportée aux pays voisins de la Syrie».

Un plus grand nombre de déplacés devront ainsi pouvoir vivre dignement en attendant la paix en Syrie.

 

Les réfugiés syriens au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

On estime aujourd’hui  à 2,5 millions le nombre de réfugiés enregistrés par l’Unhcr. Au  Moyen-Orient, ils se répartissent sur le Liban (900.000 enregistrés), la Turquie (650.000), la Jordanie (600.000), l’Irak (200.000) et l’Egypte (135.000). En Afrique du Nord, les réfugiés sont beaucoup moins nombreux. En Libye, ils sont 17.000, 920 au Maroc, 850 en Algérie et 250 en Tunisie. Aux 2,5 millions de déplacés externes, il faut ajouter les déplacés internes (restés en Syrie), qui sont estimés à 6,5 millions. Au total, 9 millions de personnes sont déplacées, sur une population d’environ 20 millions, soit 50% des Syriens.

Auteur : M.D.

 

La presse, le 24/03/2013

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