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RABAT-De pays d’émigration, dans les années 60, à un pays de transit, depuis les années 90, le Maroc est rapidement devenu un pays d’immigration. La société marocaine est confrontée à un certain nombre de problématiques nouvelles. Il fallait donc changer de politique. Rejetant le tout-sécuritaire, le Maroc opte pour la reconnaissance officielle de l’intégration sociale des sans-papiers résidant sur son territoire.

 

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Quand le Maroc a décidé de régulariser la situation des immigrés entrés clandestinement au Maroc, ce n’était pas une annonce en l’air pour s’attirer la sympathie et les faveurs de l’opinion publique internationale. Aujourd’hui, dix mois après le lancement de cette campagne exceptionnelle, un demandeur sur cinq se voit accorder sa carte de résident officiel au Maroc. Quelque

3 000 demandes au total ont déjà été satisfaites, et le processus est toujours en cours. En parallèle, une campagne de sensibilisation est programmée et des outils d’insertion graduellement mis en place. Le Maroc apprend progressivement son nouveau rôle de pays d’accueil officiel de l’émigration. Les commissions chargées de recevoir les demandes ont été submergées par l’importance du nombre des dossiers soumis à son appréciation.

Plus de 16 000 dossiers ont été déposés depuis le démarrage de l’opération, en septembre 2013. Il fallait donc une autre structure qui devait intervenir en appoint, à la fois pour accompagner tout ce travail, mais aussi pour rectifier le tir à chaque fois que le besoin s’en fait sentir. C’est en ce sens qu’une Commission nationale de recours pour la régularisation des migrants en situation administrative irrégulière a été instituée le 27 juin sous la houlette du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH). Son installation s’inscrit en droite ligne des dispositions constitutionnelles, des orientations royales concernant la nouvelle politique migratoire du Royaume et des recommandations du rapport du CNDH sur l’asile et l’immigration. Elle s’insère aussi dans le cadre des initiatives prises depuis septembre 2013 dans ce domaine, dont l’ouverture du bureau des réfugiés et des apatrides, cette opération exceptionnelle de régularisation des migrants en situation irrégulière et le processus de mise à niveau de l’arsenal juridique relatif au trafic des êtres humains, à l’asile et à l’immigration.

Au même moment, une série de 16 conventions de partenariat ont été signées par le ministère chargé des Marocains résidant à l’étranger et des affaires de la migration et plusieurs départements ministériels et associations, dans le but de soutenir la mise en œuvre de la politique d’intégration des migrants dont la situation a été régularisée et les demandeurs d’asile ayant reçu le statut de réfugiés. Ces conventions s’articulent autour de l’éducation formelle et non formelle, du soutien et de l’accompagnement dans le domaine de l’intégration et de l’enseignement de la langue, de la culture marocaine et de l’intégration culturelle, économique, sociale et de l’auto-emploi au profit des femmes immigrées. Ce n’est pas chose facile, sachant que le Maroc accueille des ressortissants de 96 pays et que 93% des dossiers concernent les ressortissants de 15 nationalités, notamment le Sénégal, le Nigéria, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Congo, le Mali et la Mauritanie. Tout un chantier entamé en si peu de temps.

En effet, au commencement, en septembre 2013, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) a publié un rapport officiel critiquant la politique migratoire du Maroc, trop orientée sur la sécurité et inattentive aux droits des migrants. Ce rapport s’accompagnait d’un certain nombre de recommandations politiques, dont le droit d’asile et la régularisation des migrants d’origine africaine et européenne en situation irrégulière. S.M. le Roi a rapidement donné son aval à ce rapport, mettant par là même en mouvement une réforme de l’immigration d’une grande portée. Puis, le processus s’accélère. Une commission ministérielle restreinte a été mise en place pour plancher sur une nouvelle politique dont les contours ont été tracés par S.M. le Roi.

La politique migratoire entre pleinement dans les préoccupations du gouvernement avec la nomination d’un nouveau ministre chargé des MRE qui se voit confier également la gestion de ce dossier. Parallèlement, les autorités marocaines continuent leur lutte sans relâche contre les réseaux de trafic des migrants et de traite des personnes. Cela devait se traduire, prochainement, par le renforcement du dispositif juridique et des actions de sensibilisation en la matière. Il faut dire que, ces dix dernières années, l’évolution des schémas migratoires a ouvert la voie à des changements d’ordre économique, démographique et juridique qui pourraient véritablement transformer non seulement le Maroc, mais tous les pays d’Afrique du nord. Bien que le Maroc demeure principalement un pays d’émigration, il est également en passe de devenir une destination pour les migrants et les réfugiés venus d’Afrique subsaharienne et, dans une certaine mesure, des pays d’Europe touchés par la crise.

Sous l’effet du nombre croissant de migrants sur son sol, la société marocaine se retrouve confrontée à un ensemble totalement nouveau de problématiques sociales et juridiques qui sont typiques des pays d’immigration et qui ne correspondent pas encore à l’image que le pays nourrit de lui-même, qui est celle d’un pays d’immigration. Le Maroc, avec cette nouvelle politique d’immigration plus libérale, parvient à s’accommoder de son rôle croissant en tant que pays d’immigration.

En somme, étant déjà depuis des siècles un phare de rayonnement cultuel pour les pays de l’Afrique de l’Ouest, en particulier pour les adeptes des confréries soufies, le Maroc est aussi la destination privilégiée de milliers d’étudiants subsahariens qui se forment dans ses universités et différentes écoles et académies civiles et militaires et parfois choisissent d’y faire carrière. Une tendance à s’installer durablement qui fait des émules aussi chez d’autres catégories de migrants qui, dans leur quête de gagner clandestinement l’Eldorado européen, finissent par s’installer définitivement dans le Royaume.

Conscient de sa transformation en terre d’accueil, le Maroc choisira de traiter cette problématique avec courage, responsabilité et humanisme, en adoptant, sous l’impulsion du Souverain, une nouvelle politique migratoire qui accorde le droit de séjour et d’asile, un geste inédit dans un pays du Sud, salué par les agences humanitaires onusiennes et les ONG de défense des droits des migrants.

 

Source: LA VIEéco

 

Africaguinee, 10 Aout 2014

 

 

 

 

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